Poème de Thierry Renard

« La poésie est la meilleure école. »

Philippe Djian, Ardoise

 

Des souvenirs nous reviennent par nuées blanches.
souvenirs remontent à la surface.
Farine et neige se confondent.
S’embrassent pour de vrai.

Le tapis de la voix s’impose quelquefois.

Il y avait une fois
situé au cœur de Brooklyn le débit de tabac d’Auggie Wren
ou la boulangerie de mon quartier
rue des Martyrs de la Résistance
la femme du boulanger leur chat le boulanger lui-même

Oui Mesdames & Messieurs il faut savoir désobéir
savoir partir à temps tout le temps
savoir laver son linge sale en famille
Le mot aimer n’est pas un mot sérieux mais grave plutôt
et je vous écris de très loin d’une terre égarée ou d’un autre pays
je vous écris ce matin tout en avalant
mon pain au chocolat quotidien
il est encore tout chaud lorsqu’il entre dans ma bouche

Ce matin il faudrait pouvoir crier
« Du pain, du pain,
et du pain au raisin pour tout le monde ! »

Mais toi dis où donc es-tu
ma mie
— de pain ?

Nuée ardente, buée légère.
Neige sentimentale et forcément généreuse.
Les sons escortent les gestes,
les prévoient, même.
Le grain de la voix donne du grain à moudre,
à celui dont le métier est de pétrir,

de pétrir,

de pétrir,

de pétrir…

Oui Mesdames & Messieurs il faut savoir désobéir
savoir partir à temps tout le temps
mais aussi savoir
apporter de l’eau au moulin
de celui qui porte dans ses bras
tout notre pain quotidien

notre futur simple et immédiat
en effet

Il y aura une fois
rue Albert Camus
(cela ne s’invente pas)
une rencontre totalement imprévue
entre deux êtres humains

entre la voix et la main
entre le poème et le pain

[Revu et modifié, le 29 novembre 2017]

Thierry Renard